J’ai pris la direction du parking du supermarché. Je vais pouvoir m’y garer, réfléchir, faire le point, faire le point... Tout va si vite ! Longtemps, je n’ai pas su ce que je voulais dire ; j’avançais seul dans la nuit, mes feux n’éclairant pas plus loin que les premiers arbres. Les routes de campagne, en Varmie, sont tortueuses, non-matérialisées, bordées de tilleuls épais, sinistres, vieux comme un siècle passé. La route noire et cabossée s’enfonce dans le crépuscule. D’ailleurs, quand je voulais prendre la parole, je m’emportais, j’oubliais de surveiller la route, je prenais mal un virage et la voiture aurait pu glisser, nous emporter, si ce n’était le pouvoir extraordinaire de notre bonne étoile. J’avais repris le contrôle. Antoinette me félicita pour mon sang froid. Alors que mes mains et mes jambes tremblaient encore. De cette nuit-là surgissaient parfois des bêtes sauvages, des chevreuils, des revenants, des cyclistes, ou encore l’être primitif et titubant du désespoir humain, toujours le même, celui qu’on a peur de devenir, ou pire, de renverser parce que cet homme se serait couché au beau milieu de la chaussée, ivre et inconscient, comme celui à qui je faisais faire un bout de chemin parfois, qui empestait la voiture, mais quelle importance. C’était un homme, tout comme moi, ne méritant pas moins qu’on respecte sa dignité et qu’on accomplisse pourquoi pas, sa volonté.
Me voilà garé sur le parking tout gris. Je vais pouvoir déverser tout ce que je ressens sur le papier, y coucher les rires et les larmes qui me hantent depuis longtemps. La discussion avec Antoinette, ce matin dans la voiture m’a ouvert les yeux, a déclenché le feu de mon inspiration. Je vais lire Emerson, Thoreau, Paramahansa Yogananda.
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