jeudi 4 octobre 2012

Mai


Ce soir-là, les limites de notre jardin se troublèrent. Le rideau des arbres qui s'élevaient de toutes parts avait ouvert ses jeunes feuilles. Ici des bouleaux, là des mélèzes, plus loin, des saules. Une verdeur sans fond envahit la vue, monochrome comme la lumière d'un théâtre. L'herbe brillait d’un vert clair, fraîche comme un nouveau né, pleine de grenouilles, d'escargots, de limaces car il pleuvait comme vache qui pisse. Pas beaucoup d'autres couleurs. Le ciel lui-même devint vert clair : Serait-ce le printemps ? Comment résister à la tentation de cette irrésistible couleur ? Fasciné, je descendis de voiture et m'enfonçai dans le décor. Tant pis pour les pieds mouillés.
-Papa, attend !
Mon fils lui même teinté d’une forte nuance verdâtre me rejoignit.


C'est là que nous les aperçûmes. Au tout début, deux taches noires qui s'avançaient tout là-haut derrière les saules. Bon ! Peut-être des voitures tout terrain car on entendit un drôle de grondement. Non ! À bien y regarder, c'était de grosses bêtes. Des taureaux sans aucun doute. Des taureaux, par ici ? Je n'en avait jamais vu. « Ne me dis pas que ce sont des bisons. » J'écarquillai les yeux et décillai aussitôt. Par un effet d'optique, les deux bestiaux se trouvaient beaucoup plus près qu’ils ne m’étaient apparus au départ, deux gros sangliers qui trottaient en grognant et en s'éloignant. « Un effet d’optique ? fit Antoinette en haussant des épaules, Plutôt ton sens de l'exagération. » Heureusement, le chien dormait. Il ne sortit pas à ce moment-là. Il aurait volontiers sacrifié sa vie pour nous protéger des bisons ou des dinosaures.

 En effet, lorsque nous promenions le chien en ville, celui-ci tenait absolument à nous protéger. Nous croisions un autre chien, Stat’ aboyait férocement. Un gros camion passait, Stat' aboyait férocement. Stat' effrayait tout le monde. À la maison ? Peu de visites dernièrement. Les seuls amis de la famille, les bêtes sauvages, du moins celles qui ne craignaient pas Stat’.