Je ne sais pas si cette histoire de réveil chinois a un lien quelconque avec celle de Jacek aux pieds nus. Le fait qu'elles se suivent est tout à fait fortuit. Il s'agit sans doute de l'importance de notre interprétation du temps. Chacun est plus ou moins comme une girouette. Certains tournent extrêmement vite, mais souvent à leur dépend. "Cessez de faire tourner la girouette des pensées. Immobilisez-vous un instant!" Voilà peut-être le message du réveil chinois.
P.S. Chez nous, les horloges indiquent des heures parfaitement fantaisistes, d'autres reculent témoignant quelque peu de notre mode de vie. Nous tournons, nous tounons, mais dans quel sens ?
lundi 3 septembre 2012
Le réveil chinois
En pensant à son nouvel
aménagement, Antoinette dénicha un réveil chinois, un réveil noir, brillant,
mécanique, à l’ancienne, tel qu’on n’en trouvait plus depuis longtemps, et tout
neuf par dessus le marché ! Ma grande sœur avait reçu un réveil de ce type une
fois pour ses étrennes. Je me souvenais encore du bruit dans sa chambre lorsque
chaque soir elle le remontait. Un tel réveil présente l’inconvénient qu’il faut
le remonter quotidiennement. Or, au vingt-et-unième siècle, qui a le temps de
remonter un réveil ? Ça tombait bien. Le réveil conviendrait parfaitement
à notre style de vie, et à cette demeure où il fallait tout faire. Je décidai
donc de le remonter. Le tictac commença sa douce chanson, une chanson que
j’espérais aussi longue que possible. Peut-être le tictac nous accompagnerait
dans nos bonheurs que j’imaginais grands, dans nos malheurs que je souhaitais
petits. Fier de cette nouvelle acquisition, j’en remontai la sonnerie, je la
déclenchai, et la laissai résonner dans cette maison un peu vide jusqu’à ce que
le ressort se fut complètement détendu.
Je revins un peu plus tard
pour vérifier si l’heure avait reculé ou avancé. Le réveil s’était arrêté de
manière inexplicable. Fabriqué en République Populaire de Chine, était-il trop
neuf ? Ou trop mal conçu ?
Lorsque ma grande sœur
quitta la maison pour aller faire ses études, elle embarqua le réveil, me
privant d’un jouet que parfois, après m’être glissé dans sa chambre, je manipulais
en cachette, réglais et déréglais autant que l’occasion me le permettait. Après
son départ, elle ne laissa derrière elle qu’une chambre trop grande, triste et
silencieuse.
Je reposai le réveil sur le
rebord de la fenêtre et n’insistai pas. Assez décoratif, il m'évoquait je ne
savais pourquoi le réveil d'une mamie qui ferait de la couture, et jetterait parfois
un coup d'œil, dehors, pour vérifier si personne ne venait. Nous saurions nous
contenter de son silence. Il nous surveillerait l'éternité à la fenêtre.
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