lundi 10 septembre 2012

De la physique particulaire des songes


Ce matin, Gasper et moi avons déposé Antoinette à son travail et avons pris la route vers l’école. La route est longue et se prête à la rêverie. L’univers tout entier baigne dans la blancheur matinale. La voiture traverse le ciel bleu rédempteur des villages, survole les nuages naissants et semble avancer toute seule dans la lumière céleste.
La conversation récente d’un fora littéraire me vient à l’esprit. Il était question d’une méthode à la Nothomb pour fabriquer des titres de livres : cela consiste à choisir deux termes en apparence contradictoires. On peut jouer longtemps à ce jeu, « La métaphysique des mollusques », « L’éloge des nigauds», « La rhétorique d’un bègue ».
Bien que chacun se presse vers le travail ou l’école, les êtres et les choses semblent flotter dans les coloris dorés du soleil. Ni Gasper ni moi ne sommes réellement pressés ce matin. J’ai beau essayer de ralentir un peu, la voiture semble vouloir voler au dessus des collines. D’ailleurs, Gasper qui a neuf ans se concentre sur la vitesse. Je l’entends imiter doucement le bruit d’une voiture de course. Hormis ce bruitage, nous nous taisons tous les deux.
Je continue ma rêverie. Avec un peu de chance, on tombe parfois sur des associations de mots qui inspirent une réflexion. Le terme « Physique particulaire des songes» me vient à l’esprit.
« Papa, est-ce que le regard de l’homme est plus rapide que la lumière ? », demande soudain Gasper !