Voilà comment commence mon histoire : J’habitais une maison à la campagne, en compagnie de mon fils et de ma femme.
Je ne sais pas ce qui nous était passé par la tête d'acheter cette maison de brique rouge. Avait-on oublié qui nous étions ?
Dieu créa le monde en sept petits jours, et quinze milliards d'années plus tard, nous décidâmes d'aller vivre à la campagne. Absurde ! Avions-nous oublié la fuite d'Egypte, La mer rouge laissant passer le peuple élu, la Terre Promise ? Nous y voilà ! Justement, la voilà la Terre Promise ! Et nous qui errons sans fin, sans voir qu'elle était là, sous nos pieds depuis toujours, depuis l'éternité.
La Varmie est un vaste paysage parsemé de toits de tuiles rouges, de jardins, de chapelles, de forêts, et surtout de routes qui ne mènent absolument nulle-part. Le fait qu'il y ait des panneaux d'indication ne change rien à l'affaire, les villages qui y sont indiqués sont tout aussi perdus que l'automobiliste qui viendrait imprudemment se risquer dans ce pays.
Si venir s'y perdre en automobile par temps de brouillard est un geste parfaitement insensé, que penser alors d'un individu qui viendrait s'y installer volontairement. Même si nous ressentons ici la proximité du bon dieu, un dieu dont chaque être est l’un ses infinis visages, fut-il un chêne, un sanglier, ou une jeune femme.
Non ! Dieu n’était pas la raison de notre retraite. C’est tout bêtement le Paradis que nous voulions, ma femme et moi, naïvement persuadés que nous pourrions le trouver dans ce jardin. (L’idée que Dieu et les siens soient à la recherche du paradis, voilà qui ne colle pas ! Quelque-chose avait dû nous induire en erreur, une force occulte avait endormi notre conscience, et nous avait laissé franchir les plis insensibles qui séparent les mondes.)
Non ! Dieu n’était pas la raison de notre retraite. C’est tout bêtement le Paradis que nous voulions, ma femme et moi, naïvement persuadés que nous pourrions le trouver dans ce jardin. (L’idée que Dieu et les siens soient à la recherche du paradis, voilà qui ne colle pas ! Quelque-chose avait dû nous induire en erreur, une force occulte avait endormi notre conscience, et nous avait laissé franchir les plis insensibles qui séparent les mondes.)
La Varmie n’est nulle-part sur les cartes et c’est bien là justement le problème.
Longtemps, oh longtemps, des heures, des jours, nous avions cherché l’Or de ce Paradis sur l'internet. On y trouve de tout. L'enfer également. Vous savez bien !
Notre regard se tourna vers cette maison de briques rouges, maison à l'allemande, avec son identité, son caractère. Il m'importait aussi qu'en ouvrant la porte, on puisse aussitôt plonger dans le jardin, qu'en s'enfonçant dans ce jardin, on se retrouve devant un petit portail qu'il suffirait de pousser pour pouvoir s'enfoncer bien plus loin dans un paysage dénué ou presque de la présence des hommes, un Eldorado de fleurs, de papillons, d’abeilles. Un paysage où l’on pourrait se perdre en chantant à tue-tête, un peu comme le peintre d’Herman Hess qui s'enfonca dans le tableau qu'il créa pour s'évader. Voilà que nous avions trouvé un lieu au-delà de nos espérances, bien au-delà ! Une maison qui nous chuchotait : « Ne pars pas, mon ami, reste encore un peu avec moi ! Que résonnent dans mes murs le cri de tes enfants, prend soin de mon jardin. Il fait frisquet à vivre ici depuis si longtemps, abandonnée. »
Ce jour-là, nous nous laissâmes faire, pour le meilleur et pour le pire.
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire