Nous n'avions pas de problème
de robinetterie. Pas de problème de filtre, ni de pompe. Nous n'avions pas non
plus de facture d'eau à payer. D'après les statistiques, c’était des problèmes
qui ne touchaient que cinq virgule sept milliards d'êtres humains. Les un
virgule un milliards qui restaient, dont nous faisions partie, n'avait pas
l'eau courante ... et devait aller la
chercher quelque-part. Ces statistiques me parurent erronées. Je ne pouvais pas
croire que tant de gens aient l'eau courante. Un miracle. Un luxe.
En fait, nous disposions d'un puits. Il n'était pas très profond. L'été il
risquait seulement de s'assécher un peu. D'autre part, vu la quantité
effroyable de produits chimiques que les agriculteurs répandaient dans le champ
situé au-dessus, je supposai que cette eau contenait une quantité respectable
d'engrais et de pesticides. Cette eau fut donc destinée au jardin et aux
toilettes. Je devais traverser la route avec mes seaux.
La vue d'un homme qui va chercher l'eau au puits n'est peut-être pas si familière même pour les Varmiens, mais je savais que tout le voisinage en faisait autant. Je crois même qu'ils la consommaient après l'avoir fait bouillir. Je devais soulever un couvercle de bois, et laisser tomber un vieux seau troué attaché à une corde effilochée. Le bas du puits était encore en briques rouges, le haut du puits, constitué de deux cylindres en béton. En hiver, il fallait briser la couche de glace qui recouvrait l'eau. Puis, les pieds mouillés, je retournais à la maison, un seau dans chaque main, peinant.
La vue d'un homme qui va chercher l'eau au puits n'est peut-être pas si familière même pour les Varmiens, mais je savais que tout le voisinage en faisait autant. Je crois même qu'ils la consommaient après l'avoir fait bouillir. Je devais soulever un couvercle de bois, et laisser tomber un vieux seau troué attaché à une corde effilochée. Le bas du puits était encore en briques rouges, le haut du puits, constitué de deux cylindres en béton. En hiver, il fallait briser la couche de glace qui recouvrait l'eau. Puis, les pieds mouillés, je retournais à la maison, un seau dans chaque main, peinant.
Nous disposions aussi
d'une mare dont l'eau ne pouvait être utile que pour le jardin. Mais elle se
desséchait encore plus vite que le puits. L'eau que nous utilisions pour la toilette
et le thé provenait de la station service, où je me fis un honneur de la payer.
J'en ramenais à peine une centaine de litres par semaine, cinq à sept litres
par jour et par personne, figurant ainsi parmi les populations les moins
consommatrices d'eau du monde (dix à quarante litres d'eau par jour et par personne
en Afrique). Je n'ai pas compté l'eau du puits, ni celle du vin, mais étant
donné qu'elle finissait dans le jardin, ou dans le filtre à roseaux, la
pollution fut minimale, l'eau retournant assez vite à sa source.
Ah ! Nous étions riches, ambitieux, naïf. Nous voulions faire creuser un puits.
Le puits ! Le puits qu'il
n'y avait pas !
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