mardi 5 février 2013
Le sourcier
Dans notre maison, pas d'eau. Des bidons de vingt litres qu'on trimballe
depuis la station essence trônent dans la cuisine, symboles insignes du
caractère provisoire de notre vie. Le matin, nous faisons notre toilette dans une
bassine. L'une de nos plus grandes urgences fut de trouver de l'eau. On fit
donc appelle au sourcier. Les femmes ont une intuition gigantesque. Dés qu'elle
l'entendit au téléphone, la mienne pris le sourcier en grippe. Car peut devenir
sourcier qui veut. Il suffit de lire quelques livres (sic). Moi, soit je suis
soit trop naïf pour exercer ce métier, soit trop honnête pour faire profiter
aux autres de mes dons. J'avais bien fait l'expérience des baguettes de
coudrier. Quand on était enfants, mon frère et moi, on s'amusait à courir au
point supposé d'une source derrière la maison, la baguette se retournait
brutalement entre nos mains et cassait. Maintenant, j'en avais bien fait
l'expérience au pied de mon chêne, mais je me rendis compte que je ne serais
pas capable de faire la part de l'autosuggestion d'une réelle sensibilité aux
champs électromagnétiques qui rôdaient ça et là dans notre jardin. Ce qui
n'était pas, bien sûr, le cas du sourcier, absolument convaincu de ses dons
paranormaux. L’homme au nez d’aigle, grand et osseux s’était fait accompagner
par son demi-frère, un peu bossu. Les deux hommes m’évoquaient un savant fou et
son assistant. Il émanait de leurs personnes comme de l’obscurité. L’homme se déplaça
de long en large avec son pendule, et bien que silencieux, son attitude
semblait invoquer quelque force mystérieuse. Il voulut nous dresser une carte
des courants d'eau souterrains. Nous ne voulions pas de la carte : il suffisait
qu'il me dise où creuser. On planta donc un petit morceau de bois là où le
maître venait de dessiner une croix.
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