Ce matin, Gasper
et moi avons déposé Antoinette à son travail et avons pris la route vers l’école.
La route est longue et se prête à la rêverie. L’univers tout entier baigne dans
la blancheur matinale. La voiture traverse le ciel bleu rédempteur des
villages, survole les nuages naissants et semble avancer toute seule dans la
lumière céleste.
La conversation
récente d’un fora littéraire me vient à l’esprit. Il était question d’une méthode
à la Nothomb pour fabriquer des titres de livres : cela consiste à choisir
deux termes en apparence contradictoires. On peut jouer longtemps à ce jeu, « La
métaphysique des mollusques », « L’éloge des nigauds», « La rhétorique
d’un bègue ».
Bien que chacun
se presse vers le travail ou l’école, les êtres et les choses semblent flotter
dans les coloris dorés du soleil. Ni Gasper ni moi ne sommes réellement pressés
ce matin. J’ai beau essayer de ralentir un peu, la voiture semble vouloir voler au
dessus des collines. D’ailleurs, Gasper qui a neuf ans se concentre sur la
vitesse. Je l’entends imiter doucement le bruit d’une voiture de course. Hormis
ce bruitage, nous nous taisons tous les deux.
Je continue ma
rêverie. Avec un peu de chance, on tombe parfois sur des associations de mots
qui inspirent une réflexion. Le terme « Physique particulaire des
songes» me vient à l’esprit.
« Papa,
est-ce que le regard de l’homme est plus rapide que la lumière ? »,
demande soudain Gasper !
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