J’étais assis de nouveau devant
le chêne séculaire. Le chêne et moi étions deux ! Le chêne et moi étions à la
fois deux et un. Liés par une longue, longue amitié, une histoire qui avait
commencé Dieu sait quand, ou qui n'avait jamais commencé puisqu'elle n'avait ni
commencement ni fin. Et c'était aussi vrai pour la tulipe jaune, là à gauche,
le moustique qui volait devant mes yeux, les grues que je ne voyais pas mais
dont l'appel résonnait derrière la colline. Il était inutile de se presser
puisque le temps existait en abondance.
Nous ne sommes pas plus
séparés que les doigts de la main. Et même si cette idée n'est pas réjouissante,
je suis également le plus ou moins lointain cousin d'un certain Joseph ou d'un
Benito. Je m'apprête à exterminer mes
cousins les frelons et je ne devrais pas en être fier. Au fur et à mesure que
le temps s'écoulait dans notre maison Varmienne, Mère Nature nous lançait ainsi
des signes, de plus en plus nombreux, de notre proche parenté.
Le
spécialiste arriva, par un bel après-midi d’automne, le nid avait bien un mètre
de hauteur. Il s’habilla de sa tenue blanche de pseudo-apiculteur, armé du
poison dont il aspergerait Angkor. Le reste ne vaut pas la peine d’être conté.
Perméable, je fuyais comme
la caisse en bois mal ajustée que ma femme avait voulu utiliser pour ses
plantations d'anémones sylvestres.
Rien ne tiendrait en
place. Nous fuirions à droite, nous fuirions à gauche et un beau jour nous fuirions
pour de bon. La caisse pourrie se briserait, les plantules se répandraient pour
aller fleurir plus loin. Je suis aussi perméable aux sentiments du chêne. Les
sentiments du chêne ? Les miens ? quelle différence ?
Depuis
quelques temps, on vivait au paradis. J'avais découvert avec stupéfaction que
le paradis était exactement à l'image (inversée ?) de nos expectations.
Alors je décidai qu'au paradis, nous aurions suffisamment de quoi vivre pour ne
pas travailler. À présent, j'attendais les résultats. Cela devait se passer
comme ça. J’étais le héros du livre après tout. Donc, à la manière du poète Han
Shan, nous monterions une affaire : Nous trouverions une perle, nous la polirions
patiemment jusqu’à la rendre toute brillante. Et à un étranger aux yeux verts
qui en aurait demandé le prix, nous répondrions : « Pas de
prix ! »
Donc voilà, nous serions
au paradis, nous n'aurions pas de problème d'argent, ni de santé, tout se passerait
très bien. Nous vivrions un bonheur inexprimable. (Soupir).
Je découvris aussi qu'au
paradis, on trouvait rarement des guichets automatiques.
L'essentiel des travaux était
fini depuis quatre mois. Et malgré la proximité d'une ville honorablement
peuplée de ses deux cents et quelque mille habitants, impossible de trouver des
élèves. Le français, ici, c’était une langue périphérique, tout aussi originale
que le papou ou le basque. J’avais beau traîner les yeux au fond de la rivière
qui coulait au fond du val. Ni pépites d’or, ni perles ne se montraient. L’or
était seulement là-haut, tout là-haut, dans les reflets irisés des levers et des couchers de soleil sur les stratus et les stratocumulus. Mon regard n’était-il
pas encore prêt ?
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