mardi 2 octobre 2012

Septembre


J’étais assis de nouveau devant le chêne séculaire. Le chêne et moi étions deux ! Le chêne et moi étions à la fois deux et un. Liés par une longue, longue amitié, une histoire qui avait commencé Dieu sait quand, ou qui n'avait jamais commencé puisqu'elle n'avait ni commencement ni fin. Et c'était aussi vrai pour la tulipe jaune, là à gauche, le moustique qui volait devant mes yeux, les grues que je ne voyais pas mais dont l'appel résonnait derrière la colline. Il était inutile de se presser puisque le temps existait en abondance.

Nous ne sommes pas plus séparés que les doigts de la main. Et même si cette idée n'est pas réjouissante, je suis également le plus ou moins lointain cousin d'un certain Joseph ou d'un Benito.  Je m'apprête à exterminer mes cousins les frelons et je ne devrais pas en être fier. Au fur et à mesure que le temps s'écoulait dans notre maison Varmienne, Mère Nature nous lançait ainsi des signes, de plus en plus nombreux, de notre proche parenté.

Le spécialiste arriva, par un bel après-midi d’automne, le nid avait bien un mètre de hauteur. Il s’habilla de sa tenue blanche de pseudo-apiculteur, armé du poison dont il aspergerait Angkor. Le reste ne vaut pas la peine d’être conté.
Perméable, je fuyais comme la caisse en bois mal ajustée que ma femme avait voulu utiliser pour ses plantations d'anémones sylvestres.
Rien ne tiendrait en place. Nous fuirions à droite, nous fuirions à gauche et un beau jour nous fuirions pour de bon. La caisse pourrie se briserait, les plantules se répandraient pour aller fleurir plus loin. Je suis aussi perméable aux sentiments du chêne. Les sentiments du chêne ? Les miens ? quelle différence ?

Depuis quelques temps, on vivait au paradis. J'avais découvert avec stupéfaction que le paradis était exactement à l'image (inversée ?) de nos expectations. Alors je décidai qu'au paradis, nous aurions suffisamment de quoi vivre pour ne pas travailler. À présent, j'attendais les résultats. Cela devait se passer comme ça. J’étais le héros du livre après tout. Donc, à la manière du poète Han Shan, nous monterions une affaire : Nous trouverions une perle, nous la polirions patiemment jusqu’à la rendre toute brillante. Et à un étranger aux yeux verts qui en aurait demandé le prix, nous répondrions : « Pas de prix ! »
Donc voilà, nous serions au paradis, nous n'aurions pas de problème d'argent, ni de santé, tout se passerait très bien. Nous vivrions un bonheur inexprimable. (Soupir).

Je découvris aussi qu'au paradis, on trouvait rarement des guichets automatiques.


L'essentiel des travaux était fini depuis quatre mois. Et malgré la proximité d'une ville honorablement peuplée de ses deux cents et quelque mille habitants, impossible de trouver des élèves. Le français, ici, c’était une langue périphérique, tout aussi originale que le papou ou le basque. J’avais beau traîner les yeux au fond de la rivière qui coulait au fond du val. Ni pépites d’or, ni perles ne se montraient. L’or était seulement là-haut, tout là-haut, dans les reflets irisés des levers et des couchers de soleil sur les stratus et les stratocumulus. Mon regard n’était-il pas encore prêt ?

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