Une amie nous a laissé un peu de levain dans un pot. La recette est simple. Ajoutez eau
et farine dans le levain. Laissez la mixture travailler au chaud pendant
un certain temps pour faire un nouveau levain. Pour faire du pain, réservez un
petit pot de levain pour la fournée suivante et mélangez le reste à la farine
de seigle. Une fois la pâte levée, on la mettra au four, à cent quatre vingt
degrés pendant une heure vingt.
La première fois
que j’ai essayé, Antoinette était partie au travail. Après qu’elle eut préparé
et réservé le levain, elle me chargea de faire la pâte et de cuire le pain. La
pâte n’avait pas levé.
Le résultat ne
fut pas à la hauteur. Un deuxième essai un peu meilleur avait tout de même fini
au compost. Et un saladier plein de levain traînait depuis presqu’une semaine sur
une chaise cassée devant un poêle qu’on avait utilisé seulement quelques heures
et qui était froid depuis quelques jours.
Antoinette alla y
jeter un coup d’œil, s’attendant à trouver un mélange moisi et bon à être fichu
en l’air.
Ça ne sent pas trop
mauvais, fit-elle sans trop y croire. J’ajoutai qu’il sentait même assez bon. On
dirait que ça fait des bulles.
« Bon, je
fais encore un essai, fit-elle ». Evidemment, ce serait le dernier. Comme
d’habitude, ça ne lèverait pas. Ça ne cuirait pas. Le dessous de la pâte ne
serait pas cuit, le dessus brûlé et le monstre plat et indigeste irait disparaître
dans les moisissures du jardin.
Antoinette versa
la farine achetée auprès d’un meunier français du coin. Le moulin où il
travaillait se trouve au bord d’une rivière. C’est un bâtiment de briques
rouges au bord de la rivière Lyna, trois étages où j’imagine toute une
machinerie superposées destinée à faire la farine de seigle. Quelques années
auparavant, Antoinette et moi l’avions trouvé à vendre sur l’internet. On avait
appelé, mais le propriétaire ne nous avait pas laissé d’espoir. Je m’imagine
difficilement meunier. Il est probable que ce propriétaire recherchait plutôt
quelqu’un intéressé par la production de farine.
Aujourd’hui, cette
belle farine écrue et peu raffinée est à nouveau mélangée au levain qui a
traîné dans la pièce du fond pendant une semaine. Antoinette mélange avec une
cuillère. Moi j’aurais plutôt travaillé la pâte. « Ce n’est pas la peine,
dit Antoinette, ce genre de pâte n’a pas besoin d’être pétrie. – Ok, ok ! »,
dis-je un peu déconcerté. Je me souviens des propos de ma maman à propos du
grand-père maternel qui se levait le dimanche, à l’aube. Le bruit de la pâte jetée
et travaillée pendant un long moment dans le pétrin en bois. Et ici, Antoinette
qui mélange succinctement avec sa pauvre cuillère. Je sais bien, moi que ça ne
marchera pas !
La pâte est mise
au four à quarante degré, le temps qu’elle se lève. Il est déjà l’heure d’aller
se coucher lorsqu’Antoinette qui n’ose pas aller voir me demande si la pâte a
levé. Lorsqu’elle entend que la pâte n’est plus qu’à trois centimètres du bord
du récipient, elle se lève avec un sourire réjouit, regarde, n’en croit pas ses
yeux. La pâte a levé. Alors, on se précipite, on graisse la plaque à l’huile d’olive,
on verse la pâte. Quelqu’un tombe sur l’idée d’utiliser la fonction pizza,
parce qu’avec la fonction ordinaire, le pain ne cuirait pas en dessous. Alors
on met la fonction pizza. On met même la fonction minuterie. Ce qu’il est bien
ce four, il s’arrêtera tout seul quand nous dormirons. Il sera minuit et
quelques minutes.
Ce matin, nous
nous sommes aperçu que nous avions oublié le sel. Le pain de seigle, brun comme
le caramel, croustillant, meilleur que toutes les brioches du monde. Comme ça,
ressentant une sorte de respect, je fis une croix sur le pain avant de couper
les tartines. Deux morceaux et nous n’avons plus faim. Maintenant, nous irons
acheter la farine au moulin.

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